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par Moncef Guitouni Président de la Fédération internationale pour l'éducation des parents (FIEP)

P. Luc Dupont, Président Société de recherche en orientation humaine (SROH)

Résumé

Dans les sociétés mu1ticu1ture11es, l'enjeu de l'heure est 1a cohésion sociale et 1a mise en marche d'une action qui solidarise les communautés vers un objectif commun. A cet égard, les familles, et les parents, ont un rôle déterminant à jouer. Elles transmettent aux générations montantes ce sentiment d'appartenance et de solidarité collective.

Il suffit que le contexte sociopolitique change pour que les pressions fassent craquer le vernis des comportements civilisés Le Canada n'est pas à l'abri des tensions pouvant découler des différences ethnoculturelles ou religieuses. Des études et des enquêtes démontrent que, bien que la société canadienne soit tolérante, certaines communautés sont victimes de comportements et de préjugés qu'il y aurait lieu de qualifier de racistes. Par ailleurs, quand les actes ne sont pas évidents, les sentiments hostiles ne sont pas loin de la surface. Il suffit que le contexte sociopolitique change pour que les pressions fassent craquer le vernis des comportements civilisés. A cet égard, l'après septembre 2001 est révélateur, même au Canada. Comme le soulignait le rapporteur spécial des Nations unies sur les formes contemporaines de racisme', le racisme et la discrimination sévissent toujours au Canada et cette réalité s'est même aggravée depuis le 11 septembre 2001. Pour appuyer son approche juridique, le Canada, souligne-t-il, doit s'attaquer aux racines culturelles, historiques et psychologiques du racisme. Il ajoute que pour contrecarrer l'isolement et l'incompréhension, il faut promouvoir le dialogue entre les communautés en plus d'informer les minorités de leurs devoirs et de leurs droits. Sans la promotion d'interactions entre communautés, le multiculturalisme canadien ne sera qu'une juxtaposition de communautés sans véritable dialogue.

Selon une étude du Conseil canadien de développement social2, les jeunes issus de l'immigration disent se heurter au racisme et à la xénophobie au Canada, surtout ceux qui appartiennent à une minorité visible. Le rapport montre que la vaste majorité des jeunes immigrants dans les groupes témoins pensent qu'il est difficile de se sentir acceptés comme Canadiens, et la plupart font face à des attitudes d'ostracisme et d'intimidation à l'école. Plusieurs indiquent que non seulement les autres élèves, mais aussi les enseignants et le personnel scolaire font partie du problème. Même si la plupart des participants aux groupes témoins, âgés de 15 à 24 ans, ont reconnu aimer la liberté de la culture des jeunes au Canada, plusieurs ont déclaré se sentir envahis et aliénés par le consumérisme et la superficialité de la culture nord-américaine, ce qui contribuait à leur sentiment d'isolement.

Autrefois, l'arrivée de nouveaux venus s'insérait dans une population ayant en partage un héritage européen et un indice de fécondité relativement élevé. La situation actuelle s'est largement transformée pour les pays d'accueil comme le Canada, les États-Unis, l'Australie ou certains pays européens au sein desquels le taux de renouvellement des populations a chuté drastiquement. L'immigrant d'aujourd'hui est informé des besoins du pays d'accueil. Il sait qu'on a besoin de lui et qu'il représente un intérêt.

C'est par le comportement des parents que les enfants et les jeunes acquièrent les rudiments du dialogue, de la tolérance et des valeurs citoyennes. Cette diversité, source d'une grande richesse, rend plus complexe le processus d'intégration qui touche à la fois la population d'accueil et la population immigrante. D'un côté, la population d'accueil est confrontée à un travail d'harmonisation et d'acceptation des nouveaux venus et la reconnaissance de leur apport. D'un autre côté, la population immigrante apprend à cesser de se voir comme un groupe qui évolue en parallèle de la population d'accueil parce qu'elle contribue à l'essor d'un peuple, s'associe à sa démarche et s'y implique non seulement pour le bien-être de la société d'accueil, mais pour le bien-être d'un pays dans lequel ses enfants vont naître et vivre.

L'éducation et le soutien aux parents constituent, dans cette perspective, l'une des voies à privilégier pour engager le dialogue et surmonter l'isolement. En effet, la famille constitue la plus petite cellule démocratique de la société. C'est par le comportement des parents que les enfants et les jeunes acquièrent les rudiments du dialogue, de la tolérance et des valeurs citoyennes. C'est également à l'intérieur de cette cellule que les parents influencent la programmation des émotions de leur progéniture pour ainsi forger leurs repères de l'enfance à l'âge adulte en passant par l'adolescence. Pour l'enfant issu d'une famille immigrante, il y a des variables particulières qui peuvent être à l'origine de réaction ou de déstabilisation. Par exemple, la soumission des parents aux règles rigides de la société d'accueil, des structures sociétales rigides obligeant les parents à se fondre dans la population peuvent provoquer une humiliation ou une négation d'identité. De plus, le jeune vivra parfois, par sa différence même, un certain isolement si ce n'est pas du rejet. En somme, l'exclusion, l'humiliation ou l'impuissance influencent l'attitude des parents et des enfants à l'égard de la société d'accueil.

Pour Kofi Annan3, la première ligne de défense d'un enfant est sa famille. Ainsi que le précise le Plan d'action du Sommet mondial pour les enfants, pour que sa personnalité s'épanouisse et se développe harmonieusement, un enfant devrait grandir dans un milieu familial où il trouve bonheur, amour et compréhension. Pour répondre aux besoins multiples du jeune, il importe d'adopter des approches du développement de l'enfant qui soient intégrées aux programmes et politiques gouvernementales, en particulier aux programmes d'éducation des parents et aux cadres d'intervention des autres dispensateurs de soins.

Le soutien des parents constitue un facteur déterminant de la réussite sociale des enfants et des jeunes, c'est-à-dire leur participation à la vie en société d'abord aux plans scolaire, communautaire et éventuellement du marché du travail. Ces valeurs acquises ont un impact déterminant quant à leur engagement au sein de la société en qualité de citoyens qui participent activement à la vie publique et aux institutions qui l'animent.

Une action auprès des parents est louable mais elle n'est pas suffisante si elle ne favorise pas une transformation des attitudes. Dans la mesure où il s'avère nécessaire non seulement d'établir des dénominateurs communs entre les citoyens de différents horizons mais également de forger des perspectives d'avenir, l'objectif est de viser non seulement à souligner l'importance du rôle des parents mais également de s'attaquer au défi de l'arrimage entre les institutions publiques et le pluralisme de la population.

Dans cette optique, la Société de recherche en orientation humaine a organisé le 8 décembre 2004 à Gatineau, dans la région de la capitale nationale, une réunion à laquelle ont participé des organisations œuvrant auprès des parents, des familles et des jeunes provenant des principales régions du Canada. Cette rencontre préparatoire à des consultations régionales a visé à mieux cerner les défis et les préoccupations des parents et à explorer des perspectives de collaboration pouvant les aider à mieux faire entendre leur voix dans les grands enjeux affectant leur rôle éducatif auprès des enfants. Les consultations, qui ont eu lieu à Montréal, Halifax, Ottawa, Toronto, Calgary et Vancouver, ont réaffirmé l'engouement pour la mise en place d'un réseau canadien des organisations des parents. Les Actes et les recommandations issus du congrès international organisé à l'automne 2003 à Montréal par la SROH sous l'égide de la Fédération internationale pour l'éducation des parents ont également été rendus publics à ces occasions. •

Références

1 Cloutier, M. Le racisme a empiré au Canada, La Presse , 28 septembre 2003,1-2 .

2 Conseil canadien de développement social (2000). Les jeunes immigrants au Canada .

3 Annan, K. (2001). Nous les enfants : Honorer les promesses du Sommet mondial pour les enfants. ONU : UNICEF .